Restaurer une part de souveraineté dans le champ numérique

Lors de la conférence de presse commune du 18 mai 2020 avec Angela Merkel, pour présenter un plan de relance de cinq cents milliards d’euros, le Président de la République a annoncé que c’était une avancée inédite. Emmanuel Macron a parlé de souveraineté technologique, il a souligné le devoir de la France d’adapter son droit à la concurrence et de pallier aux vulnérabilités du pays.

‘Restaurer une part de souveraineté française dans l’économie de la France’ semble tenir au cœur du Président de la République. Être dépendant d’une production économique de plusieurs nations étrangères, ça peut être dangereux. Dès lors que ces pays ferment leurs frontières et n’exportent plus, la France est incapable de subvenir à ses besoins. C’est ce que le pays a vécu sur les masques et sur les médicaments.

Un autre secteur est touché par ce phénomène de dépendance, c’est l’industrie technologique. L’Etat, quand il fait des choix technologiques, privilégie souvent des solutions numériques étrangères (Microsoft, Google…) notamment quand il achète par exemple des parcs de ‘PC’ pour équiper le Ministère de l’Economie ou des logiciels pour équiper l’Assemblée Nationale.

Les données numériques sont devenues l’or noir du vingt-et-unième siècle. Les risques encourus par la France, à dépendre des solutions numériques étrangères, sont multiples. Actuellement, la balance numérique est totalement faussée car la France achète des logiciels aux Américains, du matériel aux Chinois, elle exporte en retour, ses données se mettant ainsi totalement dépendante de ces pays.

Devenant souveraine dans le champ numérique, la France protègera ainsi ses fonctions vitales. Le désir de souveraineté économique, de souveraineté industrielle est désormais un enjeu absolument stratégique. La France doit devenir une ‘corponation’, c’est-à-dire l’union des entreprises et de la Nation.

La France doit s’appuyer sur des entreprises françaises pour favoriser des solutions nationales existantes. Cette stratégie permet ainsi :

  • de créer de l’emploi pour la France,
  • de garder les centres de décisions en France,
  • d’attirer les talents,
  • d’éviter le départ d’ingénieurs français vers la silicone vallée,
  • d’acheter de l’intelligence économique,
  • de trouver une part d’autonomie stratégique.

Des propositions existent. Certaines entreprises françaises sont en capacité d’offrir réellement les solutions numériques de pointe, Pour y arriver, l’Etat devra s’imposer un quota à lui-même en achetant au moins 50 % de solutions technologiques lors des appels d’offre au niveau européens, permettant ainsi aux acteurs français de remporter les contrats.

Un grand nombre d’acteurs français de l’industrie de la ‘Tech’ dont le siège est basé en France, est très compétitif pour proposer et servir les besoins professionnels autant à l’État qu’aux entreprises. Plusieurs d’entre-eux sont spécialistes de l’informatique en nuage (Cloud), possèdent leur propre réseau de fibre optique. D’autres sont très performantes notamment en termes d’hébergement français de sites web et se sont ainsi implantés dans une centaine de pays.

Des sociétés françaises offrent des solutions complètes de télétravail aux secteurs industriels ou commerciaux. Ces logiciels nationaux permettent ainsi de travailler et d’échanger les fichiers de manière totalement sécurisée. Aujourd’hui, la Chine, les Etats Unis, la Russie se sont fixés 100% de solutions nationales comme objectifs. L’Union Européenne doit rapidement se fixer un cap. L’enjeu d’une souveraineté technologique européenne est cruciale. En localisant ses données numériques, la France sera ainsi protégée de toute surveillance provenant des services des pays concernés.

Bruno Blais
(Modem – La Rochelle)


Sur le même sujet : rapport du CESE « Pour une politique de souveraineté européenne du numérique » – rapporteur : Benoît Thieulin – mars 2019)

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