« Le choix des Français est déterminé, volontaire et optimiste ! »

En s’alliant avec E. Macron en février dernier, François Bayrou voulait laisser une chance à l’émergence d’une véritable majorité centrale. L’élection d’Emmanuel Macron est le point de départ de cette véritable alternative pour la France, et c’est ce que le président du MoDem exprimait ce matin, au micro de France Info.

Vous souteniez E. Macron, bien sûr. Un montage fait par l’équipe de Brut montre plusieurs responsables politiques devant une question simple, il y a quelques mois de cela : « E.Macron peut-il devenir président de la République ? » La réponse était unanime… Non ! On écoute… « Cela ne marchera pas » : c’est ce que vous disiez…

Lorsqu’une personnalité nouvelle apparaît, surgit… Il y forcément des incertitudes, des doutes, des questions qui surgissent autour, y compris chez moi ! Ces questions, je les ai tranchées il y a quelques mois, en disant qu’il y avait-là une chance que l’on devait saisir ensemble, puisque l’alliance que nous avons faite a apporté une dynamique à la campagne qui nous a menée où nous sommes aujourd’hui !

E. Macron n’est-il pas élu sur un malentendu ? Les circonstances lui auraient-elles servi ?

Il faut de la chance ! Napoléon disait que la première qualité nécessaire à ses généraux, c’est qu’ils aient de la chance ! Mais arrêtons de gloser : E. Macron est le président le plus jeune depuis que la République existe ! Un des plus jeunes leaders des pays développés dans le monde ! Une élection comme il n’y en a pas eu depuis longtemps : il fait 2 millions de plus que F. Hollande en 2012 n’en avait réuni et que N. Sarkozy en 2007 ! Avec une participation élevée étant donné les circonstances… Je veux vous rappeler que dans les mêmes circonstances ou presque en 1969, la participation avait été seulement de 68%… Il est le président le mieux élu de la 5e République en dehors de J. Chirac en 2002.

Est-il élu par défaut ?

Cela, c’est ce que vous dites ! Hier soir, j’étais au Louvre ! Il y avait des dizaines de milliers de personnes, et notamment des jeunes qui montraient que ce vote était par adhésion. L’image de l’arrivée d’E. Macron arrivant sur l’hymne européen… C’était superbe ! Certains avaient les larmes aux yeux ! C’est un vote extrêmement significatif ! Pourquoi ? La France était considérée comme le pays le plus pessimiste ! Dans lequel une certaine dépression nationale s’était installée, dont nous serions sortis uniquement par la voie des extrêmes ! Et voilà que la France choisit quelqu’un qui dit : « Nous allons regarder le monde tel qu’il est ! », « Nous allons jouer toutes nos chances ! », « Nous allons servir la justice autant que l’efficacité ! ». Il y a un air nouveau qui va, je le crois, s’emparer du pays. Cela ne veut évidemment pas dire que tout sera facile, mais, je suis persuadé que les choses sont plus « jouables », qu’il y a à conduire une politique qui résolve les problèmes du pays assez vite pour que l’on voie assez vite des résultats !

Hier, vous avez été interpellé par Alexis de Corbières, des Insoumis. Vous n’avez pas eu l’occasion de lui répondre hier, je vous propose de lui répondre aujourd’hui. « Cela va mal finir ? »

Des propos d’amertume, de fin de campagne. Ce n’est pas cela le sujet ! Bien sûr, on peut passer son temps à prétendre que tout va mal finir. Je crois que ce qui a surgi hier, ce qui est important, c’est la volonté d’un pays de reprendre son destin en main, et de ne plus se laisser entraîner vers les abîmes de la dépression nationale, vers l’effondrement… Je crois exactement que le choix des Français est déterminé, volontaire et optimiste ! Bien sûr, pour certains, c’est un vote complet d’adhésion, pour d’autres se sont dit que c’était un meilleur choix que M. Le Pen… Tout cela fait une telle majorité qu’il revient maintenant au président et au futur gouvernement d’apporter une réponse concrète !

Ceux qui n’ont pas choisi… Les votes blancs… Vous n’en avez pas dit un mot ! 4 millions, c’est énorme !

Oui, mais il s’agit du même nombre que des élections dont je vous parlais précédemment, sauf en 2002, ou une magnifique prise de conscience avait eu lieu, qui n’a pas été suivie des faits, précisons-le ! Cette élection est-elle un signe négatif ou positif ? Pour moi, il s’agit d’un signe positif. Est-ce un signe de découragement ou un signe d’espoir ? Pour moi, c’est un signe d’espoir ! Je vous assure que des millions de Français sont dans cet état d’esprit.

Est-ce une bonne idée de vouloir réformer le code du travail par ordonnance ? Les Français ont peut-être voté E. Macron, mais l’on sait qu’ils sont contre la remise en cause d’un certain nombre de points du code du travail…

Ce sont 2 sujets différents ? Y a-t-il à construire et à améliorer le code du travail ? Oui ! Il est d’une complexité incroyable ! Je l’ai un jour amené sur un plateau, il pèse plus de 2 kilos ! Il y a plus de 200 pages ! Rien que pour le code ! Je suis persuadé qu’il faut le simplifier !

Êtes-vous sûr qu’E. Macron a mandat pour cela ?

Il va falloir vous y faire… Il est président de la République, il est élu ! La 2e question est celle de la méthode : le président de la République et le futur gouvernement chercheront la meilleure méthode possible…

Je vous arrête… E. Macron a dit « Nous procéderons par ordonnance cet été. ». Ce n’est pas la bonne méthode ?

Je n’ai pas dit cela ! Je sais depuis longtemps que lorsque l’on a des décisions difficiles à prendre, c’est bien d’avancer tout en pouvant en même temps dialoguer. Il faut essayer de trouver la meilleure démarche possible. C’est la manière dont j’ai toujours procédé !

On entend une différence…

C’est normal qu’il y ait des différences dans la vie ! Les ordonnances, c’est une méthode dans laquelle ont fait le constat que les choses sont bloquées ! Rien n’a été possible sur ce sujet-là pendant des années ! Je suis persuadée qu’une élection comme celle-là peut débloquer les choses ! Le président a dit qu’il recevrait les syndicats à ce propos, je suis certain qu’il va dialoguer avec eux.

Nous enregistrons votre petite nuance, elle fera peut-être débat dans les jours à venir… On va vous poser des questions n’ayant pas de réponse…

Je peux m’en aller alors ? ! (rires)

Vous ne pouvez pas nous donner le nom du Premier ministre…

Je ne le connais pas !

En avez-vous parlé avec E. Macron ?

Jamais je n’ai parlé de ce sujet avec E. Macron. Vous citiez à l’instant, hors micro, un texte formidable du discours de Bayeux du Général De Gaulle en 1946. Le Général y donne sa lecture des institutions. Il explique que le gouvernement doit être composé par le président de la République élu en tenant compte des qualités personnelles des hommes et des femmes, ainsi que du climat politique et de l’Assemblée nationale du pays. Cette responsabilité revient au président de la République lorsqu’il est en situation.

Quelles sont les caractéristiques du 1er ministre d’E. Macron, selon vous ?

Confiance et complémentarité. Je crois qu’il l’a exprimé lui-même, en disant : « Il faut mener la campagne des élections législatives, réunir et rassembler ! »

Quelqu’un d’aussi jeune que lui ? Ou quelqu’un appartenant à une génération qui a plus d’expérience ?

Il faudrait le lui demander ! C’est désormais sa responsabilité…

Quand vous dites « confiance et complémentarité »… On dirait une sorte d’autoportrait.

Si vous avez entendu cela, c’est que votre imagination galope plus vite que les réalités. À l’instant JM. Apathie disait qu’il ne me croyait pas ! Quand je dis quelque chose, c’est vrai !

Mais je vous crois quand vous dîtes que vous n’en avez pas parlé avec E. Macron ! Mais ça peut être vous !

Je me répète, et peut être que cela vous surprendra, mais nous avons travaillé ensemble tous les jours sans évoquer cette question.

Mais cette aventure vous ferait-elle envie ?

Peut être ne comprendrez-vous pas : je me suis engagé en politique depuis longtemps, avec 2 idées : la première étant que la situation politique, les rapports de force politique étaient bloqués. Que l’on était dans un pays où l’on ne pouvait rien faire parce que les 2 partis dominants bloquaient les choses. Et deuxièmement, je me suis engagée avec l’idée que contrairement à ce que tout le monde disait, une majorité alternative existait, elle était centrale. Cette élection montre que ces 2 intuitions étaient justes. E. Macron a eu l’incroyable audace de faire sauter ces barrières.

Pensez-vous qu’il aura une majorité ?

Oui, je le pense. Toutes les forces politiques se présentant aux élections législatives n’ont qu’un message en commun : « Votez pour nous, nous allons empêcher le président de gouverner ! » Je vous garantis que c’est un message impossible à recevoir pour les citoyens. Les Français ne sont pas absurdes, ils viennent d’élire un président nouveau en faisant un pied de nez à toutes les habitudes et à tout ce qu’il y avait de vieilli dans la politique du pays ! Ils ont créée une majorité nouvelle et ils vont la confirmer pendant les élections législatives, à mon avis avec force !

E. Macron a dit que vous seriez appelé à jouer un grand rôle politique…

C’est sa déclaration, je n’en ai jamais parlé avec lui.

Peut-être un grand ministère, quelque chose… Vous devez vous y préparer ?

Non… Je me suis engagé pour changer les choses… Il se trouve que beaucoup de responsables politiques passent leur vie à rêver de l’échelon supérieur… Moi, je vis une expérience formidable à la mairie de Pau, et à la tête du courant politique du Centre indépendant…

Mais vous êtes disponible !

Je ferai tout ce que je peux pour aider mon pays à s’en sortir !

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