Un pays se remet mieux des illusions que des affrontements

Une société où les valeurs humaines sont essentielles.

(Source : La Nef démocrate)

La pomme de toutes les discordes : le fameux Bayrou « a appelé à voter Hollande ! »

Hier soir, journaux et média – toujours à l’affut de la « mauvaise » petite phrase qui fera mouche, qui montrera les divisions et les hostilités – n’ont pas manqué d’être toutes entières tournées vers le Conseil National de l’UMP. Il n’est pas nécessairement besoin en effet que l’on parle du Conseil national du MoDem qui se tenait ce même jour rue de l’Université si c’est sur ce type de registre. Mais le Centre a été cité et positionné par Alain Juppé et l’UMP a montré qu’il est un parti de clivage et non de rassemblement. Reprises comme des antiennes pour se conforter dans la détestation : « le fameux Bayrou a appelé à voter Hollande ! » revenait sur les plateaux et certains dans leur esprit de vindicte rejetait Juppé, un des grands fondateurs de leur parti, lui assignant d’aller se faire élire avec Bayrou. Comme si l’UMP n’était pas un parti politique sou-tendu par une pensée et un projet politique mais une machine à faire voter, une machine à faire élire.

C’était un moment grave

Ce retour de la violence verbale est bien situé dans la ligne du discours de Grenoble qui reprenant et amplifiant les dernières prises de paroles de rejet de l’autre, a marqué une montée en puissance d’une Droite de la séparation qui avait oublié la dimension de rassemblement de la présidentielle. Dans ce tournant dramatique de la campagne présidentielle, Bayrou a en effet indiqué pour qui il voterait lui même – c’est à dire en tant que personne – « pour Hollande ». Il n’a pas demandé aux adhérents, sympathisants, et électeurs de le suivre. Il a donné sa position personnelle fermement appuyée sur ses valeurs d’homme, pas seulement d’homme politique, pas seulement celles de notre Mouvement, mais celles d’hommes et de femmes qui veulent conserver une société où les valeurs humaines sont essentielles et considérées comme un héritage précieux de notre civilisation. Il s’est d’abord exprimé et a mis son positionnement en discussion au sein de notre Conseil national. Le débat a été soutenu comme pour toutes grandes décisions.

Une position réfléchie clairement assumée, dans la fidélité à l’esprit et à l’histoire du Centre

Sa position a été questionnée, approuvée, soutenue et controversée. Il s’agissait d’une décision personnelle difficile : Bayrou, en toute lucidité a soutenu sa position en indiquant que -de son point de vue- un pays se remet mieux des illusions que des affrontements. Oui, sa position a été marquante car il est un référent dans la société et que ses positions ont souvent appuyé où cela fait mal. Oui, elle a conforté dans leur réflexion ceux qui déjà se questionnaient et s’interrogeaient : c’est le rôle du responsable politique. C’est ce que les hommes et les femmes politiques font en ce moment vis à vis de l’élection du Doubs. Ils n’exhortent pas les électeurs à voter dans tel sens ; ils ne formulent pas d’injonctions : ils précisent leur vote personnel et en donnent le sens : c’est ça être un politique. On voudrait que Bayrou déplore les conséquences de sa position, s’excuse, regrette, comme gage, comme condition de sa réintégration de la communauté de la Droite. C’est insensé.

Les évènements lui donnent raison

Les français attendent des politiques, une vision, des directions, des projets, ils n’en attendent pas les fractures, les clivages, les stigmatisations et les ostracismes qui se sont manifestés hier encore. Plus nous avançons dans cette seconde décennie du XXI siècle, plus nous voyons le monde à feu et à sang et les affrontements comme mode de résolution des problèmes en place de négociation, de concertation et de coopération. C’est ce qui a mené et mène toujours à la fracture sociale, à la guerre civile et à la guerre entre les nations.

Elisabeth Delorme

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