Après le séisme « Charlie »

Immédiatement après le sursaut populaire pour la défense de la Liberté, et avant même le
retour annoncé de l’État, voici celui de l’esprit de responsabilité. Nous avions oublié que nous
avions en nous de telles ressources. Et c’est une très bonne nouvelle.

Ce retour sera le marqueur de notre société dans cette décennie.

Dans la réalité vraie de la vie vraie, en première ligne, nos sentinelles, nos veilleurs
(associations, enseignants, travailleurs sociaux, chercheurs, personnalités …) nous alertent
depuis plus de 20 ans. Ils ont été mal entendus, mal compris, mal soutenus, ils ont été livrés à
notre vindicte. Pire, ils ont été le plus souvent lâchés, stigmatisés par nous mêmes, nous qui
avions bénéficié si largement de leurs enseignements : « ils n’arrivaient pas à faire face » –
« c’était leur affaire, leur devoir … » , « pas le notre ». Ils ont été abandonnés aux dérives et
déviances, isolés dans la bataille pour la justice et l’égalité . Désarmés, démunis, discrédités,
ils ont cependant tenu. Ils ne peuvent être laissés plus longtemps seuls face à ces combats de
titans contre la désinformation, l’instrumentation, les préjugés, le racisme et la violence.

Notre combat c’est instruire, c’est éduquer.

Aujourd’hui pour établir l’état de Droit, l’ensemble de ceux qui forment les jeunes générations
réclament plus de clarté et de fermeté de l’État sans ostracisme, sans rejet, sans stigmatisation.
Qu’ils soient enfin entendus et qu’il soit tenu compte de leurs expériences et de leurs savoirs
faire. Face à ces résurgences dogmatiques aussi anciennes que l’ignorance et la barbarie, les
réponses existent. Elles portent depuis toujours les mêmes noms ; elles s’appellent instruction,
éducation populaire, école, autorités morales, éducatives, parentale, repères, pratiques
sportives et actions culturelles. Elles sont à même de construire les nouveaux chemins de la
Liberté et de la Démocratie. Partout où il se trouve, dans le rôle et les statuts qui sont les
siens : adulte, adolescent, parent, grand-parent, voisins … chacun est à même de promouvoir
et de valoriser l’acquisition des fondamentaux, de contribuer à ouvrir à la connaissance et aux
valeurs des différentes civilisations. Former à la conscience, c’est former à l’esprit critique,
former à la confiance en soi, en ses capacités de jugement, apprendre à analyser, à penser par
soi-même, à dialoguer, à débattre et s’émanciper des doctrines, des dogmes. Ainsi nous
pourrons commencer à faire reculer l’ignorance qui donne aux dogmatiques de quoi accrocher
leur doctrine, leur enseignement de la haine. L’Europe qui a été également stigmatisée,
vilipendée, rejetée, est un des tous premiers niveaux de rencontre. Première étape de
l’ouverture sur le monde, de la connaissance de l’autre, de la découverte de la différence,
mosaïque réunissant des cultures et des religions différentes, elle offre une chance rare et
précieuse aux jeunes de faire l’expérience du pluralisme, de la tolérance, du respect et de
l’enrichissement mutuel. La faire découvrir et vivre aux jeunes c’est aussi poser les bases du
vivre ensemble.

Porter nos valeurs différemment, comme ce qui donne du sens à la vie

La force des idées du siècle des lumières a fait accéder chacun à la liberté de pensée, à
l’autonomie, à sa qualité de personne humaine. Mais nous nous sommes enfermés dans nos
modèles universels. Nous les avons imposés comme des vérités révélées. Le portage de nos
valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité comme celle de la laïcité, nous concerne tous.
Reste à le faire tout autrement. La laïcité, cette liberté personnelle, cette liberté intime et
intérieure, symbole du respect de la vie privée, corollaire du respect de la liberté collective, ne
s’oppose pas à la recherche du sens, de la spiritualité ; elle les favorise et les protège.
Pour nous qui avons été bercés et nourris dans les valeurs de la Liberté et de la Démocratie, il
était jusqu’ici très facile de se situer, de ne pas faire d’amalgame, d’être des citoyens debout
de donner du sens à nos vies. Nous y avons été préparés par nos familles, par l’école de la
République qu’elle soit laïque ou confessionnelle. Nous avons fermé égoïstement les yeux.
Nous nous sommes douillettement bercés d’illusions, coupés du monde et de sa fureur
lointaine et tenue à bonne distance. L’ébranlement de nos valeurs et de nos repères nous
heurte aujourd’hui de plein fouet. Descendus dans la rue librement d’un même mouvement
pour témoigner de ce qui nous unit, nous avons retrouvé la dimension de ce qui fait société .
L’affirmation, la négligence, l’indifférence ont laissé la place aux explications et au dialogue.

Elisabeth_DelormeÉlisabeth Delorme-Blaizot
Déléguée Départementale
Conseillère nationale

 

 

 

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