L’ouest de la France face au changement climatique – Les solutions passent par l’Europe

Par Stephen Boucher *

Quand 309 chercheurs de 70 pays différents se penchent sur un patient, passent en revue 12,000 études à son sujet et concluent unanimement dans un rapport de 2,000 pages que son mode de vie nuit gravement à sa santé, on les écoute. On les écoute aussi quand ils disent que les solutions existent et mèneront à plus de prospérité, bien être et confort… Le sujet en question, c’est la planète, et le rapport, celui du groupe d’experts du climat qui sous l’égide des Nations Unies vient de publier lundi 31 mars et lundi 14 avril ses dernières mises à jour des connaissances scientifiques en matière de changement climatique. Que nous disent-ils pour l’ouest de la France ?

Le GIEC – Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat -, après quatre années de travaux passant en revue toute la littérature scientifique disponible sur le réchauffement climatique nous apprend que les impacts sont déjà constatés, sur terre comme au niveau des continents. Les températures ont augmenté de 0,85°C par rapport aux niveaux pré-industriels, entraînant trop d’eau dans certaines régions, donc des inondations, et pas assez dans d’autres. La production alimentaire mondiale est affectée : ils prévoient que les rendements agricoles mondiaux diminueront de 2% en moyenne par décennie dans le siècle à venir, tandis que la population mondiale va croître jusque 9 à 10 milliards d’individus. Le réchauffement est prévu d’atteindre 4° à 6°C si l’on suit les évolutions des dernières décennies, mais pourrait être contenu à 2°C si on agit de manière ferme dès maintenant.

L’ouest de la France, où pêche, agriculture et tourisme jouent un rôle économique essentiel, est particulièrement concerné par ces changements. L’hiver dernier l’a montré, avec des tempêtes hors normes et l’érosion des côtes qu’elles ont entraînée. Les experts sont très clairs sur ce point dans le rapport : les événements climatiques extrêmes observés ces derniers mois sont cohérents avec le réchauffement de la planète.

Le niveau des océans augmentant, jusqu’à un mètre au cours de ce siècle, les inondations sont prévues d’augmenter en fréquence et gravité. L’impact sur les côtes sera d’autant plus important. Les stocks de poisson vont se déplacer et leur gestion va se compliquer un peu plus. L’acidification des eaux marines va affecter de manière croissante la culture des huîtres, des moules et de tout autre crustacé.

En matière agricole, les rendements en blé et maïs sont déjà et seront également de plus en plus affectés. Les variétés de vignobles et la valeur des vins sont affectées… etc : le résumé pour l’Europe du rapport conclut : « le changement climatique va très probablement augmenter la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur, particulièrement dans le sud de l’Europe, avec des conséquences principalement négatives pour la santé, l’agriculture, les forêts, la production et l’utilisation d’énergie, les transports, le tourisme, la productivité du travail, et les bâtiments. »

Mais les impacts ne seront pas que locaux. Les sécheresses dans d’autres parties du monde auront un impact sur le prix des aliments dans d’autres parties du monde, et donc des conséquences en termes de pauvreté, migration et risques géopolitiques qui se feront sentir au-delà des frontières.

La bonne nouvelle, c’est que le GIEC nous dit aussi que les solutions existent et peuvent être des opportunités d’ajustement bénéfiques pour tous. Les conséquences du changement climatique, inutile de se voiler la face, sont inquiétantes pour tous. Mais la transition à un nouveau mode de production et de consommation de l’énergie, notamment, est une perspective réellement enthousiasmante. Cela mérite donc de s’y attarder.

Les experts identifient deux types de mesures : celles visant à s’adapter à court terme au changement climatique telles que construction de berges, plantation de nouvelles cultures, qui créeront des emplois locaux. Mais ils préviennent que ce n’est que pansement qui ne peut occulter les solutions de fond, de long terme : nouvelles énergies, comme les énergies marines, l’énergie éolienne (sur terre ou en mer), les gisements considérables en économie d’énergie, les transports publics, l’utilisation de la biomasse, et d’autres formes de production et de consommation d’énergie qui créeront aussi des emplois locaux.

Enfin, on nous apprend que les solutions, comme les impacts, ne seront pas que locales : elles doivent être prises et soutenues que par une action concertée au niveau national, européen et global. Il y a là, à quelques semaines des élections européennes, un éclairage à méditer : de même qu’il serait illusoire de vouloir se protéger des chocs financiers, des épidémies, ou des flux migratoires en se repliant sur nos frontières nationales, le changement climatique nous invite à gérer de manière intelligente nos moyens au niveau européen pour mieux nous protéger et nous rendre plus forts pour faire face aux multiples défis contemporains mondiaux.

Stephen Boucher
* Directeur de Programme, Fondation Européenne pour le Climat
3ème candidat UDI-MoDem pour les élections européennes dans l’ouest

 

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